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Tunisie. Un Pôle démocratique et moderniste PDM pour quoi faire?






«Les sondages, crédibles ou pas, sont au rouge. Il n’y a que l’union qui fera notre force, et c’est le moment ou jamais pour nous rassembler avant qu’il ne soit trop tard. Notre mission est de sauver le peuple des pseudos militants qui vont tirer le pays vers le bas et tirer carrément sur la liberté. Le Pdm est une décision sage», me dit une jeune étudiante croisée dans le hall de l’espace El Teatro de Tunis, venue assister à la conférence de presse annonçant la création de ce Pôle.
Les méchants dehors !Des dirigeants et des militants, des hommes et des femmes, issus de onze partis, et de simples citoyens poussés par le sentiment d’urgence ont répondu présent. Parmi les partis, on citera, en passant, la Voix du Centre, Ettajdid, le Parti du travail tunisien… «Des pourparlers se poursuivent actuellement à différents niveaux avec d’autres partis pour d’éventuelles alliances», explique l’ancien syndicaliste Mustapha Ben Ahmed, l’un des initiateurs du Pdm. Selon lui, la porte est encore ouverte à tous ceux qui souhaitent adhérer au Pôle. «A une seule condition: les candidats doivent incarner tous les mêmes valeurs», explique-t-il. Le syndicaliste pointe du doigt les trois forces qui font actuellement beaucoup de bruit dans le pays. Ce sont les islamistes, les ex-Rcd qui ont travaillé des dizaines d’années contre la démocratie et contre la liberté et qui infiltrent aujourd’hui quelques anciens partis autrefois opposants au régime et autres réactionnaires qui se la jouent militants syndicalistes après avoir trempé des années durant dans le système de Ben Ali.
«Celui qui reste confiné dans son coin ne récoltera que des miettes. Mais, ensemble, nous ferons barrage à ces ogres qui n’ont ni foi ni loi et se moquent royalement de l’intérêt du peuple. Ils sont obnubilés par le pouvoir, et c’est là où réside vraiment le danger», a dit à Kapitalis un pharmacien de l’avenue de la Liberté de Tunis et adhérent au parti Ettajdid d’Ahmed Ibrahim, présent à El Teatro. Et d’ajouter que sans cette union, le peuple dira adieu à la démocratie, à la liberté et sa révolution sera une cause perdue.
Ceux qui se ressemblent s’assemblent «Si on ne réagit pas vite, on risque de nous cogner la tête contre un mur et la bataille serait remportée par les opportunistes», a prévenu un avocat. «Puisque nous sommes sur la même ligne, il vaut mieux que nous ne soyons pas en rangs dispersés. C’est notre seule carte à jouer et nous n’avons aujourd’hui aucun choix. En face de nous, des hommes pressés à jouer toutes les cartes pour y arriver, qui plus est, le temps est en train de jouer en leur faveur», raconte Zakia  l’artiste. A ses côtés, Aïcha Brahim, universitaire et écrivaine, est du même avis. Rabâa Abdelkéfi, une autre universitaire et romancière, partage les mêmes valeurs. Tout comme son mari, qui a répondu lui aussi à l’invitation.
La salle d’El Teatro était pleine comme un œuf. Pas de place même pour une aiguille. Les hommes, les femmes du Pdm venus de partout sont plus que mobilisés et ne semblent pas prêts à céder la voie à ceux «qui sont montés sur leurs chevaux pour s’approprier la révolution, la détourner et l’utiliser selon leurs intérêts», ajoute le pharmacien
Sur quoi repose ce pôle? «Nous représentons des partis et des initiatives. Nous sommes conscients de nos responsabilités envers la patrie et les martyrs qui ont payé de leur vie pour défendre la liberté, la dignité et la justice sociale», a lancé à la foule, l’un des animateurs du Pdm. Et d’ajouter que cette union ambitionne de conforter le bien-être du peuple, qui vient de chasser un dictateur et de faire sa révolution, en espérant un avenir meilleur. «Notre but est de réaliser les objectifs de la révolution, protéger celle-ci contre les dangers d’un retour en arrière et rompre définitivement avec toute forme de tyrannie, de dictature, d’injustice politique et sociale et de marginalisation culturelle», a ajouté un autre.
Selon les dirigeants du Pdm, les partis réunis se sont mis d’accord sur pas moins de 13 points. On parle d’un régime démocratique, avec la protection et le développement des acquis de la modernité sociale, y compris le Code du statut personnel. Le patrimoine arabo-musulman est un bien commun, tout comme le mouvement réformiste tunisien. «Les jeunes sont au cœur de tout débat, dans la politique et dans la vie associative», explique M. Ben Ahmed. La consolidation de l’appartenance de la Tunisie à l’espace arabe, maghrébin et africain et son ouverture sur l’extérieur figurent parmi les objectifs du Pdm. Tout comme l’organisation d’élections libres, pluralistes et transparentes.
Séparation entre la religion et l’EtatPour être complètement dans le siècle, le Pdm appelle à la séparation entre la religion et l’Etat, rejetant l’intolérance, le fanatisme, la discrimination, la violence, et tout discours incitant à la haine et au racisme.
Le Pôle plaide aussi pour un enseignement gratuit et la santé pour tous. «La culture, la distraction, le droit au travail, la couverture sociale, la prise en charge des démunis et des couches fragiles sont une priorité», ajoute un militant.
Et pour lutter contre la corruption, le Pdm appelle à la mise en place d’un système efficace pour lutter contre l’enrichissement illicite et l’évasion fiscale et œuvrer pour la réduction des inégalités, la construction d’une économie nationale, solidaire et ouverte.
Pour pouvoir réaliser tout cela, les efforts des partis constituant le Pdm doivent converger vers un même but: un programme commun pour un régime républicain capable de répondre aux attentes du peuple.
Pour se mettre d’accord sur l’essentiel, les membres du Pdm optent pour une large campagne qui rassemblera toutes les énergies afin d’assurer la réussite des listes unifiées, faire élire le plus grand nombre de leurs candidats à l’Assemblée constituante et contribuer ainsi à la mise en place d’une constitution démocratique et moderniste.
Zohra Abid
Liste des partis signataires au Pôle démocratique moderniste:- Voix du centre (Vc);
- Ettajdid;
- Alliance républicaine (AR);
- Parti du travail patriote démocratique (Ptpd);
- Mouvement des patriotes démocrates (Mpd);
- Front populaire unioniste (Fpu);
- Mouvement de la citoyenneté et de la justice (Mcj);
- Parti Avant-Garde arabe démocratique (Pagd);
- Parti Tunisie verte (Ptv).

En négociation :- Parti du travail tunisien (Ptt);
- Parti socialiste de gauche (Psg);
- Parti pour le progrès (Ppp);
- Afek Tounes.


En meeting à Tunis, le PDP tend la main à Ettakatol, au PDM et à Afek, appelant à « une coalition moderniste » à la Constituante

















Evoquant l’après 23 octobre et la question des rapprochements à la Constituante, Ahmed Néjb Chebbi et Maya Jeribi, les deux dirigeants du PDP ont, lors d’un meeting tenu vendredi après-midi à El Menzah 7, tendu la main aux formations du bloc démocratique et moderniste, et invité Ettakatol, le Pôle / Ettajdid et Afek Tounes à former ensemble une coalition démocrate progressiste. « Aujourd’hui, nous sommes en compétition, c’est la loi de la démocratie, mais demain, nous avons vocation à être alliés, a déclaré Ahmed Néjib Chebbi. Sur les institutions et sur le projet de société, ce qui nous rassemble est bien plus important que ce qui nous sépare.»
« Cette clarification intervient au bon moment, estime Samy Ghorbal, conseiller politique du leader du PDP. Il y a plusieurs mois de cela, nous avions suggéré un programme commun pour la Constituante. Aujourd’hui, nous allons plus loin et nous parlons de coalition (koutla). Nous  devons dépasser les malentendus et les querelles futiles. L’enjeu est trop important. Le temps n’est plus à l’ambiguïté et aux messages à demi-mots. Les électeurs vont voter librement pour la première fois de leur vie. Ils ont besoin de clarté pour se prononcer en toute connaissance de cause le 23 octobre. Ils doivent être renseignés sur les programmes mais aussi sur les alliances envisagées par chacun. Le camp moderniste doit se rassembler. »

En fait, sous le feu roulant des critiques pendant tout le mois de septembre, le parti d’Ahmed Néjib Chebbi et de Maya Jeribi retrouve des couleurs depuis le lancement de la campagne officielle et enchaîne les meetings réussis. Après Sfax, le 2 octobre, Sousse, le 4, Mahdia, le 5, le Parti Démocrate Progressiste avait donné rendez-vous vendredi en fin d’après-midi à ses militants du Grand Tunis, à El Menzah 7. Ils ont répondu présent en nombre : un peu plus de 1500 personnes, massées dans la grande salle de l’établissement, mais aussi sur les escaliers et aux balcons, dans une ambiance de kermesse. « L’affluence a dépassé nos prévisions, se réjouissait Sadri Sancho, le coordinateur de la campagne du PDP sur Tunis 2. Nous avions la pression. Le Grand Tunis, c’est un gros morceau : cinq circonscriptions, les deux de la capitale, Ben Arous, l’Ariana et la Manouba. Cela représente 42 sièges à la Constituante, et presque 30 % des inscrits. Ce soir, nous avons réussi notre examen de passage ! Cela va donner de l’allant à nos militants, qui se dépensent sans compter depuis des semaines. »
Il faut dire que le plateau était relevé, avec l’état-major du parti presque au grand complet. Le régional de l’étape, Issam Chebbi - tête de liste à l’Ariana -, Maya Jeribi, la secrétaire générale - tête de liste à Ben Arous -, et Ahmed Néjib Chebbi, le fondateur et leader historique du parti - candidat à Tunis 2 -, se sont donc succédés à la tribune. «La séparation des pouvoirs est la condition de la démocratie et de l’Etat de droit, a martelé Issam Chebbi. La refondation de notre République passe par l’instauration d’un régime pluraliste fondé sur la séparation des pouvoirs, dans lequel les députés mais aussi le président seraient élus par le peuple au suffrage universel. Un régime doté d’un tribunal constitutionnel véritablement indépendant, soustrait aux influences partisanes ». Maya Jeribi, pour sa part, a mis l’accent sur la nécessité de protéger et défendre les acquis de la femme, consacrés dans le Code du Statut Personnel et qui constituent aujourd’hui une des dimensions fondamentales de l’identité moderne du peuple tunisien. Réitérant son attachement à l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, elle a également insisté sur l’importance qu’il y avait de tenir la religion à bonne distance de la politique.   

Ahmed Néjib Chebbi, lui, a plaidé pour une profonde réforme de l’organisation territoriale, afin d’instaurer la décentralisation, l’équilibre entre les régions et la participation du citoyen. « L’excessive centralisation de notre Etat a conduit à une Tunisie à deux vitesses. Elle a fait le lit des injustices et a conduit à une Tunisie à deux vitesses. Les municipalités, les gouvernorats et les régions doivent être dotées d’exécutifs élus démocratiquement, qui impulseront le développement régional en concertation avec l’Etat »